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SHAKESPEARE: IMAGERIES à RÉSONANCE POLITIQUE

vol. 40, numéro 4, décembre 2010, page 51
Gilles Paquet

« …le danger qu’il y a à trop espérer ou à trop haïr dans le domaine politique »

Frédéric Vitoux

Introduction

Le mot théorie et le mot théâtre ont la même racine grecque. Dans les deux cas il s’agit d’enquêtes, d’une distillation d’expériences. Et ces enquêtes ont souvent touché le monde politique. Au 16e siècle, la gouverne est chaotique en Angleterre, et William Shakespeare va explorer, au fil de certaines pièces ‘romaines’, des dilemmes importants qui sont au cœur de la définition de l’ordre politique, et qu’il observe dans deux mondes (romain de l’Antiquité, et anglais du 16e siècle).

Ce théâtre pose le problème de la gouvernance. 

Mais lire Shakespeare utilement au XXIe siècle réclame une triangulation continue entre trois cosmologies : celle qui prévaut dans la Rome antique, celle en émergence au 16e siècle et début 17e en Angleterre, et celle qui est la nôtre (et en transition) dans le monde contemporain. Il faut en effet bien comprendre le contexte dans lequel Shakespeare travaille, l’usage qu’il fait de l’histoire ancienne, et ce qui reste d’éclairant dans ses propos pour nos contemporains. 

La nature du politique n’a pas fondamentalement changé. Les êtres sont aussi nobles et vils maintenant qu’alors, mais les situations sont plus compliquées dans la vraie vie que sur la scène, et maintenant que dans des sociétés passées. La grande différence est qu’une erreur de stratégie était alors question de vie ou de mort, alors que chez les politiciens modernes tout ce qu’on perd c’est la face.

On découvrira au fil des trois pièces (Coriolan, Jules César, et Antoine et Cléopâtre) comment on avait déjà dans la Rome antique (1) les mêmes peurs que nous avons de la démocratie et de la dictature, (2) les mêmes dilemmes engendrés par les tensions entre raison et émotions, et (3) les mêmes tiraillements autour de la nature du politique – que nous avons nous-mêmes. 

Prolégomènes

Avant de commencer, trois clarifications s’imposent : deux terminologiques (à propos des rapports entre république et démocratie, et de ce qu’est la gouvernance qui se trouve au coeur des pièces de Shakespeare), et une autre méthodologique (à propos de notre grille de lecture). 

D’abord, la démocratie est un moyen de déterminer qui va exercer le pouvoir; la république définit l’objet du pouvoir – le bien commun. La tradition républicaine romaine (dont des échos fleuriront au 16e et 17e siècle en Angleterre) va mettre l’accent sur l’intérêt général. Elle n’est pas démocratique au sens d’aujourd’hui : d’une part, elle est moins démocratique (tous n’étaient habilités à voter pour toutes sortes de raisons), mais d’autre part, elle est davantage démocratique (il y avait devoir pour les citoyens qui avaient droit de vote de participer activement à la chose publique et aux affaires de l’État). C’est là la grande différence entre la liberté des Anciens et celle des Modernes : le devoir de prendre part au travail de gouverne versus la garantie de pouvoir utiliser librement le loisir de s’occuper des affaires privées ou publiques ou non selon sa guise.














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