Introduction
La réorganisation du travail occupe une place centrale dans les efforts déployés par les entreprises pour répondre aux nouvelles conditions de la production et de la concurrence. La rigidité de l'organisation taylorienne du travail semble mal répondre aux exigences de flexibilité de la production recherchées par les organisations. En milieu syndiqué, le plus souvent, le travail est réorganisé en parallèle avec un virage relativement important au niveau des relations patronales-syndicales (Paquet 1996).
Les entreprises publiques font face à des contraintes économiques, politiques et technologiques comparables à celles du secteur privé. Cependant, il semble que l'innovation dans l'organisation du travail soit beaucoup plus lente dans le secteur public que dans le privé (Verma et Gutcher-Gershenfeld 1996).
Cette recherche porte sur les tentatives d'introduction d'une gestion par les compétences dans la fonction publique fédérale et tente de répondre à deux questions. La gestion par les compétences présente-t-elle une approche prometteuse à la transformation des rapports de travail dans les services publics? Les réformes qui vont dans cette direction ont-elles des chances de réussite?
Nous faisons d'abord état de la littérature à ce sujet afin d'en dégager une typologie. Nous analysons ensuite l'évolution de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique fédérale afin de situer l'étude de deux questions qui nous intéressent.
De la gestion par postes...
L'organisation scientifique du travail (OST) dont F. W. Taylor a fait la promotion, avait la prétention de donner au travailleur une tâche juste et équitable qui était résumée dans une instruction card - sorte d'équivalent de la description de poste actuel. Toutefois, le courant de l'OST n'est pas le seul parent de la gestion par poste. Des enjeux politiques visant à contrer le patronage politique dans la gestion des administrations publiques (Roberts 1996), et à assurer la contribution de tous à l'effort de guerre, ont été véhiculés par des organismes créés par l'État. En ce sens, l'État devenait un des grands diffuseurs de la technique de gestion par postes.
La gestion par postes a été perçue comme une panacée pour assurer l'application du principe « à travail égal, salaire égal ». C'est ainsi que, « pendant la seconde guerre mondiale, la constitution du Conseil national du travail de guerre (National War Labour Board) encourageait directement l'utilisation de la technique de l'évaluation des emplois, puisque toute demande d'augmentation des salaires devait alors être subordonnée à un plan de rationalisation des salaries » (Bureau international du travail, 1984, 110).
Sur la base de l'OST, c'est tout un système de gestion du personnel et de rémunération, de même qu'un régime d'accréditation syndicale, puis au plan sociétal, un rapport salarial, qui se sont établis. Au-delà du travail des employés, c'est aussi le travail de toute la hiérarchie qui peut être contrôlé par ce système (Briand, Bellemare 1999).