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MEDIA, IMPRECATION AND DISINFORMATION

Vol. 42, Issue 1, Mar 2012, Page 41
Gilles Paquet

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Introduction

Pour quelqu’un comme moi qui ai fait profession d’ironiser (c’est-à-dire, de rendre conjoncturel, et donc contingent, ce que le sens commun juge trop souvent nécessaire et fondamental), l’imprécateur – celui qui propose des interprétations du monde refusées par les gens en place1 – est à première vue un allié naturel. Si les médias dénoncent un ordre déficient, ce semble une bonne œuvre. C’est d’ailleurs pour cette raison que les humoristes sont tellement populaires : ils ne sont pas moteurs de changement, mais ils nettoient les lieux, ils ouvrent la voie à d’autres possibles.

Les imprécateurs sont parfois des révélateurs

Les imprécateurs (quand ils ne sont pas des poseurs, des bonimenteurs de foire ou des filous) peuvent fort bien être des révélateurs de fractures sociales profondes et importantes, ou de tensions tectoniques occultées. Il faut parfois « faire hurler les objets », comme dirait Magritte, pour attirer l’attention sur des problèmes qu’on refuse de voir, des apparences qui empêchent de voir les réalités, des dénis coupables ou des discours aberrants. Donc, il ne s’agit pas dénoncer tous les imprécateurs par définition.

Jean-François Cloutier a fait un travail d’analyse fort intéressant pour mettre en contexte le phénomène Jeff Fillion dans l’univers radiophonique de Québec en tant que l’écho d’une fracture sociale importante au Québec, et d’un hurlement pour dénoncer la cosmologie dominante (montréaliste et étatiste)2. Il montre que non seulement le message de Fillion correspondait à l’écho d’un malaise ressenti profondément dans le reste du Québec hors Montréal, mais encore qu’il a choisi de crier haut et fort pour entamer une ‘orthodoxie’ qui peint les citoyens des ‘régions’ du Québec (hors Montréal) comme des demeurés.

Quand Jeff Fillion s’en prend à un certain état d’esprit qu’il attribue à l’air qu’on respire dans le plateau Mont-Royal, il est l’écho d’un Québec qui pense différemment, et qui, par exemple, tient à préserver sa culture publique commune3 – des Québécois qui ne comprennent pas que des problèmes importants, comme ce qui n’est pas négociables dans le contrat moral qui définit les accommodements raisonnables entre les Québécois de souche et les nouveaux arrivants de l’étranger au Québec, doivent être soulevés par des conseillers municipaux d’Hérouxville, parce que les élus et les technocrates aux niveaux supérieurs de l’administration publique n’ont pas eu le courage de le faire. Les imprécateurs entrent alors en scène pour mettre en visibilité ces problèmes qu’on tend à occulter, ces contrats moraux nécessaires pour la viabilité et résilience de nos sociétés, et dont on n’ose pas parler de peur de blesser des sensibilités.



1  Notion d’imprécateur développée par René-Victor Pilhes, dans son roman L’imprécateur (Paris : Seuil 1974).

2  Jean-François Cloutier, Jeff Fillion et le malaise québécois. Montréal : Liber, 2008.

3  Gary Caldwell, La culture publique commune. Québec : Éditions Nota Bene, 2001.












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