En cinquante ans, la part des dépenses de santé dans
l'économie canadienne a plus que doublé : en 1960,
elles représentaient 5,6 pour cent de la production contre une
donnée provisoire de 11,7 pour cent pour 2010 (une donnée
réelle de 10,7 pour cent en 2008). Cette croissance soutenue
suscite beaucoup d'appréhension; les dépenses de
santé sont perçues comme incontrôlées. Comme
elles sont financées à soixante-dix pour cent par le
secteur public, elles s'accaparent une importante et croissante part du
budget des administrations en laissant moins d'espace pour les autres
« priorités » telles l'éducation,
les infrastructures et la recherche.
L'expansion des dépenses de santé dans
l'économie est généralement dénoncée
comme une crise majeure : cette tendance ne saurait durer sans
hypothéquer les prochaines décennies. Or cette expansion
est un phénomène normal.
Après une référence à une récente
étude sur des prévisions de l’importance des
dépenses de santé dans l’économie, ce texte
comprend quatre parties. La première reprend l'analyse d'un
historien économiste sur la croissance réelle normale des
dépenses de santé dans une économie où les
revenus augmentent. La section suivante s'intéresse au facteur
de croissance qui fut qualifié de maladie des coûts des
services personnels – un phénomène qui provient d’une
croissance plus lente de la productivité dans les secteurs
à caractère humain. Les deux dernières parties
montrent les limites de deux remèdes proposés pour
diminuer la croissance des dépenses en santé – la lutte
au gaspillage ou la recherche d'une plus grande efficacité et la
mise sur pied d'une entreprise publique en santé qui
dépolitiserait le secteur.
Un estimé du gouffre des dépenses de santé
Un ancien sous-ministre fédéral de la santé fut
récemment le co-auteur d’une étude de l’Institut C.D.
Howe établissant des prévisions des dépenses de
santé au Canada (Dodge et Dion 2011). En décortiquant les
influences de la croissance des revenus et des prix relatifs des soins
de santé, du vieillissement de la population et du
progrès technologique, l’étude établit la
projection suivante pour leur scénario de base :
« Le rapport entre les dépenses en soins de
santé totales et le PIB augmente, passant de près de 12
pourcent en 2009 à 18,7 pourcent en 2031 »
(Ibid. : 9). Un scénario
« optimiste » détermine un rapport
à 15,4 pourcent pour 2031.