Introduction
Tout projet de définition de la gouvernance publique
soulève des questionnements quant aux transformations de
l’action collective et de la conception de la chose publique (Bevir
2007). La difficulté d’une approche définitionnelle de la
gouvernance tient ainsi au fait que définir la gouvernance
publique revient à poser des questions fondamentales pour
l’analyse des politiques: Qui dirige et en vertu de quels principes et
règles (Skogstad 2003)? L’action collective peut-elle être
effective sans coercition et sans autorité en situation de
supériorité hiérarchique (Olson 1965; Ostrom
1990)? Comment concilier les valeurs démocratiques et les
attentes des citoyens envers des services publics efficaces (Pierre et
Peters 2000) dans un environnement politique marqué par la
complexité (Beck 2003)?
Sans chercher dans cet article à répondre directement
à toutes ces questions, notre objectif est de clarifier
l’acception du terme gouvernance. Pour cela, nous distinguerons dans la
littérature quatre approches principales de la gouvernance
publique: l’approche normative, l’approche économique,
l’approche systémique et l’approche interprétative. En
effectuant une synthèse de ces quatre approches, nous
proposerons une définition de la gouvernance publique.
L’approche normative
Une des principales sources de diffusion du vocable gouvernance a
été le milieu de la firme (Rhodes 1995). La firme
étant marquée par les difficultés continues
auxquelles elle fait face pour assurer sa cohésion, la
gouvernance corporative a été conçue comme un
ensemble de règles du jeu permettant d’assurer une coordination
efficace entre ses différentes composantes (d’après
Paquet 2008a : 9). Selon Rhodes (1995), pour éviter
l’éclatement et prétendre à atteindre un niveau
optimal de performance, la gouvernance corporative est
structurée par trois principes fondamentaux:
- la transparence et la divulgation de l’information (principe auquel renvoie l’image des organisations de verre);
- l’intégrité
des négociations, c’est-à-dire le fait qu’elles sont sans
équivoque et sans élément dissimulé;
- une allocation des responsabilités et des rôles qui soit claire.
De manière évidente, ces principes font figures
d’idéaux. Ils font en tant que tels l’objet d’un important
domaine d’étude en gestion et en théorie des
organisations (Naciri 2006). Le sens de la gouvernance corporative se
superpose alors à celui du concept de gouverne, dans la mesure
où la gouvernance corporative serait l’ensemble des
mécanismes organisationnels et institutionnels (ayant pour effet
de délimiter les pouvoirs et d’influencer les décisions
des dirigeants) qui encadre leur conduite et définit leur espace
discrétionnaire (Naciri 2006 : 2). Les objets de
prédilection de ce domaine d’étude sont ainsi
l’étude des conseils d’administration, les mécanismes de
détermination des orientations stratégiques, de
surveillance et d’évaluation de la gestion des entreprises, les
structures de séparation et les dimensions contractuelles entre
les propriétaires d’une firme (les actionnaires) et ses
gestionnaires (la direction et sa technostructure).